Jean-Claude Barny, le cinéma du Nèg Maron
À l’occasion de la sortie du film « Fanon »

Jean-Claude Barny, le cinéma du NèG Maron

Mercredi 2 avril 2025 à 21.45

On lui doit, entre autres, les films Nèg Maron et Le Gang des Antillais. Jean-Claude Barny a fait ses armes dans les années 1990 aux côtés de Mathieu Kassovitz, notamment en tant que directeur de casting des films La Haine et Assassin(s). Le cinéma de Barny, devenu à son tour réalisateur, est le miroir de son identité, celle des Caraïbes, à mi-chemin entre l'Europe des auteurs et l'Amérique de l'industrie de l'entertainment

À quelques semaines de la sortie de son film sur Frantz Fanon, ce documentaire revient sur le parcours d'un amoureux de l'image, entre Argenteuil, la Guadeloupe et Abidjan. D'un cinéaste de son temps, animé par les passions que sont la musique, la littérature et le cinéma.

Jean-Claude Barny est un coureur de fond qui se bat pour pouvoir réaliser des films indépendants sur l'histoire des Antillais. Sa filmographie défend plus que jamais une triple appartenance, traçant un pont entre Argenteuil (où il a grandi), la Guadeloupe (son pays natal) et, plus récemment, la Côte d'Ivoire (où il se sent légitime de transmettre son expérience d'auteur et de cinéaste).

Les cinéastes explorant l'histoire antillaise sont suffisamment rares pour être remarqués. Jean-Claude Barny est de ceux-là. Déraciné très jeune de sa Guadeloupe natale, le réalisateur fut dans l’incapacité de traduire par des mots son vécu et son histoire, jusqu'au moment où il passe derrière une caméra. Devenu cinéaste, il raconte, sans fioriture et sans concession, avec des images, la place des Antillais dans le roman national et le mal-être d’une génération. 

Dans sa jeunesse, Jean-Claude Barny ne s'est pas retrouvé dans la représentation des Afro-Caribéens proposée par le cinéma français. Il ressent la nécessité de bousculer l'ordre établi et de donner la parole à sa communauté. De Nèg Maron à Fanon, en passant par Le Gang des Antillais, son cinéma s'est construit comme une réponse, parfois cinglante, aux a priori et à la caricature des Antilles. Porté par la volonté farouche d'endiguer les stéréotypes et de bousculer jusqu'à l'industrie cinématographique, Jean-Claude Barny s'est forgé au fil des années l'image d'un homme libre.

56 min

Réalisation 
Sonia Medina
Stéphane Krausz
 

Production
Zycopolis Productions

Avec la participation de 
France Télévisions

2022

JC BARNYTrois questions à Jean-Claude Barny

Jean-Claude Barny est né en 1965 à Pointe-à-Pitre. Il fait ses premiers pas au cinéma en 1994 en réalisant son premier court-métrage, Putain de porte. Il rencontre Mathieu Kassovitz, qui lui confie la direction du casting de ses deux longs-métrages cultes : La Haine et Assassin(s) (prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1995). Jean-Claude Barny réalise de nombreux clips vidéo, notamment pour Kassav’, Nèg’ Marrons, Doc Gynéco ou encore Tonton David. En 2005, il réalise en Guadeloupe son premier long-métrage, Nèg Maron, film qui met en avant les problèmes de fond d’une jeunesse antillaise désœuvrée et sans avenir. S’en suivront la série Tropiques amers en 2007, le téléfilm Rose et le soldat en 2015 et son deuxième long-métrage, Le Gang des Antillais, en 2016.


« Jean-Claude Barny, le cinéma du NèG Maron » : selon vous, est-il toujours possible d'être libre ? 
Jean-Claude Barny : 
Au départ, le titre de ce documentaire était Jean-Claude Barny, le cinéma  d'un homme libre, et avec le réalisateur on a voulu créoliser le titre. Et peu importe la génération, le cinéma, la musique ou la littérature portent des personnages authentiques qui ont cet engagement dans leurs travaux, et dans leur témoignage, avec cette nécessité d'être indépendant et libre. C'est une vraie ligne d'épanouissement artistique que j'ai depuis toujours, une fibre comme une colonne vertébrale, on ne peut pas la bouger, la changer, elle trace notre chemin. Quoi qu'il se passe en face, le cinéma d'engagement et le cinéma libre ont encore de beaux jours devant lui.

Parlez-nous de votre prochain long-métrage, Fanon ?  
J.-C. B. : Depuis l'âge de 17 ans, le travail de Frantz Fanon a toujours occupé une très grande place dans ma vie. Il m'a donné un coup de fouet et m'a guidé dans mon travail pour refaire surface, et me défaire de l'aliénation de la culture française. Dans le film Nèg Maron, Silex, interprété par Daly, est un hommage à Frantz Fanon. C'est un personnage plein de révolte, dur, sans aucune faiblesse face à l'autre, et à ce qui pouvait l'outrancier.

Depuis presque trois ans, je travaille sur l'écriture et la mise en production de mon prochain film, Fanon, qui avance bien, c'est un projet essentiel qui s'inscrit dans une thématique que j'ai ouvert avec Nèg Maron, puis ensuite avec Tropiques amers, Rose et le soldat et Le Gang des Antillais. J'avais envie de dissocier et de tracer des époques fortes et intéressantes culturellement pour nous, de ce fait Fanon vient fermer cette thématique. Dans chacun de ces films, j'avais sa pensée et son écriture avec moi, car j'essaie de faire de mes films à la fois un cinéma de cinéphile pour un public averti, mais aussi d'y insérer de la pédagogie afin d'être toujours en phase avec notre histoire, et en contact avec ma communauté. Je porte le regard de quelqu'un qui est à l'intérieur, et qui a envie de participer à l'évolution de sa population.

Recueillis par Sabine Michel
Communication de Guadeloupe La 1ère

Jean-Claude Barny, le cinéma du Nèg Maron
Jean-Claude Barny, le cinéma du Nèg Maron

avec Admiral T

avec Daly

avec Mathieu Kassovitz

avec Solo du groupe ASSASSIN

CONTACT

Lison Dambreville
Responsable Communication&Marketing Réunion la 1ère