Têtes de mules

Dès mercredi 23 avril sur france.tv

Chaque année, 10 000 passeurs transportent de la cocaïne depuis la Guyane jusque dans l’Hexagone. 60% d’entre eux ont moins de 30 ans. Et beaucoup finissent leur périple en prison.

La réalisatrice Camille Toulmé est allée à la rencontre de cette jeunesse guyanaise qui vit sous l’emprise du trafic de drogue, faute, notamment, de perspectives d’avenir. En Guyane 29% des moins de 29 ans sont au chômage.

Victor qui s’apprête à “faire la mule” en avalant des ovules de cocaïne, Chayna qui purge une peine de 18 mois de prison à Fresnes pour transport, Hakim, ancien détenu qui aujourd’hui fait de la prévention auprès des plus jeunes, Ronald ex-passeur qui essaye aujourd'hui de rester sur le bon chemin, Laura l’avocate qui cherche à apporter un peu d’humanité en prison… Tous témoignent et brossent le portrait d’une partie de la Guyane sous l’emprise du trafic et délaissée par l’Etat, avec, parfois, une lueur d’espoir.

 

Note d'intention
Camille Toulmé, réalisatrice

"Lorsque je me suis intéressée pour la première fois au sujet du transport de cocaïne en provenance de Guyane, les chiffres étaient gargantuesques, à peine croyables. Une trentaine de mules par avion, trois vols par jours en provenance de Cayenne, 20% de la cocaïne en circulation en métropole transportée par ce biais-là.

En face de ces chiffres bruts, glaçants, il y avait mon amie et avocate pénaliste Laura Témin. Tous les jours, en comparution immédiate à Créteil, elle héritait de 2 à 3 dossiers de “mules”. Le ministère de la Justice avait alors mis en place un système de justice automatique pour faire face à cet afflux incroyable de transporteurs. Quel que soit le travail de défense fait par Laura, les prévenus étaient jugés en fonction de la quantité de cocaïne transportée, au kilo. Un kilo les envoyait immédiatement un an en prison, deux kilos deux ans et ainsi de suite.

Laura s’est emparée de ce combat. Il lui était devenu insupportable de regarder tous ces gens être jugés à la chaîne sans qu'à un seul instant, ni leur histoire, ni leurs trajectoires ne soient prises en compte. Comme si c’était des sous-citoyens n’ayant pas droit à une défense. Les récits de Laura m’ont choquée et c’est aussi de cette manière que je me suis accrochée à ce sujet. Comment avait-on pu arriver à une telle déshumanisation de ces personnes ?

Malgré tous les efforts de Laura et d'autres, les arguments humains et sociaux n’ont jamais été retenus. La réponse apportée par les pouvoirs publics à cette situation a été toujours répressive.

Pas de grands programmes de réinsertion, aucun nouveau budget alloué au secteur social en Guyane, mais la mise en place de contrôles drastiques à l’aéroport de Cayenne.

Des contrôles systématiques et a priori des passagers qui permettent aux douaniers d’interdire de voyage toutes les personnes ayant le profil de quelqu’un qui transporte de la drogue, selon leurs critères.

En d’autres termes, toutes les personnes qui ont une tête de mule.

Au grand soulagement des pouvoirs publics, la situation est devenue moins visible dans l'Hexagone, le nombre de mules par avion a été divisé par deux. Et pourtant en Guyane, la situation n’a pas changé. Le trafic est encore très présent. L’extrême pauvreté s’est peut-être même aggravée.

Cyniquement, les revenus du transport de cocaïne sont devenus un pilier économique. Lorsque moins de mules passent, l’économie des quartiers dégringole et la violence s’installe. En Guyane, la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté…

À Saint-Laurent-du-Maroni, dans cette ville connue pour être la capitale du passage de cocaïne et où 60% de la population a moins de 20 ans, les jeunes sont les premières victimes des conséquences du trafic. Tous ont une potentielle tête de mule.

Derrière celles-ci, il y a des jeunes qui seront inexorablement attirés par le trafic, tant il est partout autour d’eux. Puis il y en a d’autres encore, du bidonville d’à côté, qui, la corde au cou, ne voient plus d’autres solutions qu’avaler une vingtaine d’ovules pour aider leur famille.

Mais avoir une tête de mule en Guyane, c’est aussi tout simplement venir de l’Ouest, du fleuve, avoir la peau très noire et être interdit de voyager en dehors du territoire sur ces seuls critères.

C’est aussi être obstiné, déterminé à s’en sortir. Car tous ces jeunes ont de l'énergie et rêvent d’ailleurs, d’une autre vie. Certains sont têtus comme des mules et y arriveront, malgré tous les signaux qui leur indiquent que ce n’est pas pour eux. Des signaux comme le désintérêt du gouvernement, à Paris, très attaché à leur territoire et à ses richesses mais finalement si peu à ceux qui le peuplent. 

Avec ce film, et à travers les histoires, le quotidien et l’intimité de la jeunesse de Saint-Laurent, nous voulons nous appliquer à rendre leur identité à ces jeunes qui s’effacent derrière les chiffres, derrière ce trafic.

Ce trafic, à travers Victor, la future « mule », est le fil rouge de notre film car il est extrêmement important de le montrer, de le documenter, comme un résultat concret de la violence sociale et économique dont les jeunes sont victimes. Mais c’est aussi ce trafic qui nous a servi de porte d’entrée vers d'autres histoires.

Entre discrimination, exacerbation de la violence, extrême pauvreté et absence de perspectives, cette jeunesse de Saint-Laurent essaie, tant bien que mal, de se frayer un chemin.

L’envie première a été de faire un film que ces jeunes regarderont et qui leur parlera. Un film sur une chaîne nationale, qui parle d’eux et de leur quotidien, pour de vrai, sans fard. Le trafic de cocaïne fait partie de leur vie, il est partout mais ces jeunes de Saint-Laurent restent aussi des ados et des jeunes adultes, comme partout ailleurs.

Des personnes en pleine construction et recherche, pleines de rêves et d'énergie.

À travers l’intimité de nos personnages, notre film raconte l’histoire de ce territoire et de cette population qui sont devenus le terreau idéal à la propagation du trafic de drogue."

 

Têtes de mules

Réalisation
Camille Toulmé

 

Production
Mélisande Films
Nova Production

 

Cyprien d'Haese
Sophie Faudel
Emmanuel Hoog

 

Direction artistique et animation
Alice Bibette
Angelica Lena

 

Montage 
Baptiste Amigorena

 

Cheffe opérateur
Hafça El Moussaoui

 

Nova Production
Caroline du Saint
Thomas Zribi

 

Avec la participation du
Centre national du cinéma et de l’image animée

 

Avec le soutien de la
Procirep – Société des Producteurs et de l’Angoa

Avec la participation de
France Télévisions
France 3 Outre-mer

 

 

Direction Unité Documentaire
Antonio Grigolini
Julie Grivaux
Charlène Gourmand
Gwenaëlle Signaté

 

Disponible sur

Disponible sur
 © france.tv

 

 

Anne Reverberi
Contacts - France Télévisions