
Natacha, Laura, Alice et moi-même, sommes amies depuis l'adolescence. Le jour où j’ai reçu un appel de Natacha me disant qu’elle pensait avoir été violée vers l’âge de 12 ans, j’ai été bouleversée. A demi-mot, Natacha venait de briser courageusement dix-huit ans de silence.
La seule chose dont elle était certaine, c’était que parfois son corps se pétrifiait comme une pierre. Pour ses proches, cette annonce était difficile à saisir car elle n’arrivait pas encore à prononcer le mot « viol ». Elle n’en avait aucun souvenir, aucune image nette.
Dans notre désir commun de soutenir Natacha, nous avons eu le sentiment qu’il fallait nous mettre en mouvement. Nous sommes parties en voyage vers les lieux de notre passé commun et vers ceux qui, aujourd’hui, nous correspondent et nous nourrissent. Notre amitié entoure Natacha, nous soude et c’est un moteur pour avancer dans son histoire.
Au fil du temps, Natacha cherche à se fabriquer une image nette, à mettre des mots sur cet évènement avec des témoins de l’époque ou en fréquentant des psychologues qui l’aident à reconstituer les faits.
En écho à ce drame, je cherche à déceler comment chacune de nous s’est emparée de son histoire et comment nos mémoires continuent de travailler les évènements de notre enfance. Comme une araignée, nous tissons les fils de nos souvenirs. Inventer des images ou imaginer des situations, nous permet de recueillir une parole et rendre visible tout ce que l’on ne s’était pas dit.
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