Pour ce deuxième film « en terre inconnue » avec Laury Thilleman, laquelle emmène l’humoriste Stéphane De Groodt à la rencontre des Wauja, une communauté autochtone d’Amazonie qui lutte pour préserver son territoire et sa culture. Au cœur du Brésil, ce voyage plonge les deux comparses dans un mode de vie radicalement différent du leur. Plus qu’une découverte de l’inconnu, c’est une véritable rencontre humaine qui se joue, entre des mondes opposés mais moins éloignés qu’il n’y paraît.
Le voyage comme lâcher prise
Lorsque Laury Thilleman propose à Stéphane De Groodt de partir à l’autre bout du monde, il y voit un véritable « cadeau ». Dans une vie parisienne où il cherche à « combler chaque instant », cette immersion agit comme une rupture. Chez les Wauja, le quotidien s’organise autour du soleil : coucher à 19 h, réveil à 4 h, puis les tâches essentielles : cultiver le manioc, pêcher, récolter l’argile pour la poterie, emblème de la communauté.
À la rencontre de l’autre
Nos deux voyageurs le rappellent : « Le but de Rendez-vous en terre inconnue, ce n’est pas de convertir leur réalité à un quotidien, c’est de s’adapter à ce quotidien. » Rester humble face à l’inconnu, parfois difficile à comprendre, est essentiel, et cet apprentissage fonctionne dans les deux sens : « On a appris énormément d’eux, de la manière dont ils vivaient, dont ils fonctionnaient, et ils ont sans doute appris de nous, donc c’était un échange permanent. » Cette différence a parfois permis de libérer la parole. Les confessions entre les Wauja et Stéphane lui ont permis « de regarder son passé pour mieux aller de l'avant ».
L’humour traverse les frontières
« La communion » entre Stéphane et les Wauja, c’est également sur les fondations d'une moquerie mutuelle, toujours dans le respect des uns et des autres. Très vite, Laury se distingue par son énergie, tandis que Stéphane observe davantage lorsqu'il s'agit de travailler. La communauté se moque gentiment de lui, et il répond sur le même ton. « Il y avait une manière de communiquer et de rentrer en contact à travers ces moqueries », explique-t-il. L’humour devient ainsi « une clé pour se comprendre même si nous parlions pas la même langue ».
Des moments sombres qui amènent de la vie
À leur arrivée, les Wauja traversent une période de deuil : le voyage a même failli être annulé. La mort, expliquent-ils, « a apporté une forme de vie différente, mais bien vivante », notamment à travers une scène de chamanisme à la fois intime et intense. Menée par une ancienne du village, la cérémonie consiste, par la transe, à entrer en contact avec les esprits de la forêt, en particulier celui de la panthère tourbillonnante, afin de guérir sa sœur malade. Un moment perçu comme « une forme de privilège : assister à cette cérémonie très intime et très forte en émotions ; la mort ambiante amenait une autre forme de vie, assez bouleversante », raconte Stéphane.
Des traditions anciennes et une ouverture sur le monde
Le film aborde aussi des pratiques éloignées de notre quotidien, comme la réclusion des jeunes filles lors de leurs premières règles. Grâce à la relation de confiance qu’elle a nouée avec les habitants, Laury a pu rencontrer une enfant, isolée pour se préparer à devenir femme, notamment en travaillant la transformation de son corps. Ces traditions sont remises en question par certaines femmes de la communauté : avec Internet et les réseaux sociaux, elles sont vues comme archaïques. Le documentaire met ainsi en lumière « des tiraillements entre la culture et la modernité ». Laury rappelle néanmoins que, dans toutes les sociétés, la femme reste « victime d'une forme de culte de la beauté », quel qu’il soit.
Un combat essentiel
L’accès à Internet permet aussi aux Wauja de porter leur combat au-delà de leur territoire, notamment à l’ONU, contre la déforestation qui menace leur existence. Le film participe à rendre visible cette lutte auprès du public français. Les deux voyageurs évoquent une forêt « grignotée », une communauté menacée par l’agro-industrie. Les Wauja se battent au quotidien, apprenant notamment le portugais pour se faire entendre. Un engagement qui force le respect : « On les respecte d’autant plus pour leur âme de combattants, pour conserver leurs traditions en dépit de tout ce qui sévit autour d’eux. »
Les femmes Wauja, véritables battantes
Ces combats sont en grande partie portés par les femmes. Polyvalentes, elles jouent un rôle central dans la vie du village comme dans les décisions. À leur image, Laury s’est montrée très active. Frédérique Lopez, en lui confiant les rênes de l’émission, souhaitait justement permettre cet accès au monde des femmes. « C’est le cas ici. Si c’était deux hommes qui étaient arrivés sur place, l’accès à toute cette communauté de femmes puissantes n’aurait pas pu avoir lieu. Je suis contente que ce film ait pu les mettre en lumière », approuve-t-elle.
Des leçons apprises
Un voyage comme celui-ci ne laisse pas indemne, « ni physiquement ni émotionnellement ». Pour Laury, chaque expérience est une transformation : elle en revient « encore plus sage, spirituellement parlant », enrichie par ces rencontres humaines et culturelles. Pour Stéphane, l’enseignement est tourné davantage vers le pratico-pratique, « c’est une prise de conscience du privilège d’un quotidien où tout est accessible : nourriture, douche, sanitaires, lit. Des éléments facilement oubliables en comparaison de la pêche en rivière ou des nuits dans des hamacs suspendus dans des maisons de paille ». Laury ajoute que « lors de la diffusion de l’émission, un appel aux dons permettra d’ailleurs aux téléspectateurs de soutenir concrètement ces communautés ».
Propos recueillis par Maé Savouré