C'est l'été de la victoire des Bleus. Un été mémorable.
Le dernier avant l’explosion d’Internet et des portables.
Celui d'une bascule, pour tout un pays et pour une lycéenne des Vosges sur le point de quitter l’adolescence : Maria Pourchet.
Devenue écrivain, elle redessine aujourd'hui dans ses mots et en archives cette époque tatouée dans nos mémoires.
Sous les violons de Louise Attaque, un pays étrange et familier se dévoile, où l’on paie en francs sa place de cinéma pour voir triompher dans Titanic un jeune inconnu nommé DiCaprio.
1998, c’est l’été de la France "black-blanc-beur", un rêve d’union nationale sur fond de grandes réformes de société : 35 heures et Pacs.
Mais, c'est aussi l'affaire Clinton-Lewinsky, le scandale Festina ou encore l'arrivée du Viagra… Autant de madeleines et de pépites d’archives que le style mordant de l’autrice met en majesté. 1998, l'été de nos 18 ans trace une fresque vibrante pour réfléchir au présent et revivre, le temps d'un été, l'âge de tous les possibles.
Note d'intention de Maria Pourchet
"L’année 1998 est un point névralgique de ma mémoire adulte. Et de la mémoire collective.
1998, année paradoxale, année des fins déchirantes et des débuts prometteurs, à toutes les échelles. Personnelle, sociale et politique.
En juillet 1998, j’ai 18 ans, 18 ans passés pour ainsi dire en forêts. Après l’été, la grande ville et la fac, encore après l’an 2000. Cet été, de tendres représentations finissent de faire l’épreuve du réel, c’est le cas pour toute ma génération : ceux de qui la conscience politique commence et balbutie avec la chute du mur en 89, ceux qui vont croire, parce qu’on nous l’apprend à l’école, que le modèle démocratique rayonnera désormais sur le monde, l’Europe comme idéal sonnant la fin des nationalismes. L’été 98 sanctionne la puissante décennie de la promesse faite aux gens de mon âge, et culmine dans un feu d’artifice historique avec la victoire des bleus et du black blanc beur. On pensait assister à un changement de cycle. La classe. On pourrait dire "on était là".
Pour beaucoup de gens nés en 80, faites le test : sur la frise chronologique de leur mémoire nationale, après le 12 juillet 1998, jour de la finale victorieuse des Bleus, vient le 11 septembre 2001. C’est comme ça. Ce qui fait de cet été une sorte de fin du monde, entre fête et sanctuaire. Cet été au son de Louise Attaque m’émeut terriblement, et quelque part en moi il n’est pas éteint. Alors j’ai regardé et écrit cette saison avec amour, je crois. Car ce que nous étions, ce que nous serions, nous, génération Y, enfants de la télé, du socialisme et de l’Europe, y palpitait encore. Et déjà.
J’ai la passion des archives depuis longtemps. J’ai dépensé des jours, des mois à l’Ina, pour gagner des morceaux d’histoires. L’archive, c’est le flux ordinaire devenu noble, le fil des jours passés trop vite restitué à l’état de minute-pépites, d’heures à regarder comme du quartz. Gisement insondable, qui nous fera infiniment passer par tous les états.
L’archive est rock ou poignante, habitable et habillable à l’envie … et pourtant il est impossible de la trahir. De lui faire avouer ce qu’elle ne dit pas.
À l’heure du fake en série, son côté inoxydable lui donne le truc pop et AOC qui nous emballe. 1998, l'été de nos 18 ans s’inscrit dans cette esthétique-là, dont je suis fan et toujours un peu en manque.
Enfin, dans l’art, je cherche souvent la contrainte et les dispositifs imposés pour ce qu’ils libèrent de nos créativités, de nos jeux. Le défi de ce film, sertir des archives dans un texte original, l’un vitalisant l’autre, c’était tout simplement très excitant. Neuf, poétique et joyeux".
Note d'intention de Nathalie Amsellem et Serge Turquier
"Au commencement, il y avait pour nous un désir : celui de partir des archives pour faire revivre une époque. Une envie d’aller au-delà des dates, des dossiers et des journaux télévisés. En évoquant les musiques, les modes, les publicités et les expressions de toute une génération, c’est ce temps disparu qui nous apparaît d’un coup.
Aux pépites du fonds d’archives de l’INA, s’agrègent des images Super 8 glanées auprès des cinémathèques régionales. Elles font surgir une mémoire intime, sensorielle, et donnent au film sa couleur singulière, tout à la fois collective et personnelle. À travers ces images, il ne s’agit pas seulement de se souvenir, mais de ressentir à nouveau. Une époque c’est aussi des sons. Louise Attaque, Manu Chao, The Cranberries : ces musiques que l’on écoute encore aujourd’hui, agissent comme des balises affectives. Elles traversent le temps sans perdre de leur force et enjambent les générations, tissant le lien entre passé et présent. Car souvent, hier ressemble étrangement à aujourd’hui, relativisant nos engouements et nos emportements. Parfois on s’en écarte, et c’est tout le chemin parcouru que nous mesurons soudain. Comme un retour vers le futur, le film joue de cette tension en ouvrant des fenêtres vers aujourd’hui, s’autorisant à retrouver les échos de 1998 dans ce qu’il advient après.
Et puis, il y a cette part d’insouciance un peu irrévérencieuse, ce goût de liberté qui frôle parfois l’impertinence. Car se souvenir, c’est aussi jouer, avec malice, de ce que l’on croyait sérieux.
Le regard et les souvenirs de Maria Pourchet nous ont ouvert la possibilité de ce voyage intime et souriant, entre grande histoire et ressenti personnel. Avec elle, nous nous sommes plongés dans cette année de tous les possibles, pour mettre au jour la trace que cet été a laissée sur nous tous. Raconter l'été 98, c’est redonner vie à une promesse dont, vingt-huit ans plus tard, nous portons encore les fragments".
Note d'intention de CAPA et de l'INA
Confier notre histoire commune au talent des écrivains : c'est de cette idée-force qu'est né le film 1998, l'été de nos 18 ans. Alliés depuis l'origine dans le projet, l'INA et CAPA ont pris ensemble ce pari d'un renouveau du récit historique via la subjectivité de grandes signatures.
Soudain, les souvenirs minuscules côtoient les événements historiques. Les musiques, les ambiances, les engouements ressurgissent. Et c'est une nation entière qui retrouve comme Proust toute la saveur de ses madeleines.
Rien que libre et tout sauf docte : dans l'espace du film, les téléspectateurs cheminent avec l'écrivain.e dans des décors familiers. Les mots font image, et le "je" a le goût du jeu.
Pour l'INA, c'est la poursuite d'une politique éditoriale distinctive bien affirmée, valorisant auprès du public d'aujourd'hui les archives marquantes de la pop culture d'hier
Pour CAPA, c'est un pan supplémentaire à une stratégie de long terme, visant à mettre au point des narrations hybrides et déformatées.
1998, l'été de nos 18 ans
Inédit
Un film écrit par
Maria Pourchet
Nathalie Ansellem
Serge Turquier
Réalisé par
Nathalie Ansellem
Serge Turquier
Coproduit par
CAPA et l'INA
Produit par
Valérie Abita
Maud Gangler
Patrice Lorton
Avec la participation du
Centre National du Centre et de l'Image Animée
et
France Télévisions
Unité documentaire
Antonio Grigolini
Emmanuel Migeot
Hélène Frandon
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