À l’occasion de la diffusion du nouveau magazine de France 2, J’irai au bout de tes rêves, sa présentatrice, Marine Barberias, et son producteur, Frédéric Lopez, reviennent sur la genèse du projet. Né d’une envie commune avec France Télévisions de mettre en lumière les liens intergénérationnels, le programme offre aux jeunes la possibilité de remercier leurs aînés en réalisant leurs rêves les plus chers.
Qu’est-ce qui vous a poussé à placer les personnes âgées au cœur du programme ?
MB : Le point de départ, c’est ma propre grand-mère. Bretonne, elle vit sur la côte de granit rose, mais n’avait jamais mis la tête sous l’eau. Plonger en masque et en tuba, ça ne coûte rien, alors je l’ai simplement emmenée. Dans l’émission, nous nous permettons parfois des réalisations plus impressionnantes, comme survoler le Mont-Saint-Michel, mais l’essentiel reste ailleurs : recréer du lien, même à travers de petites attentions. Dans une société de plus en plus anxiogène et divisée, c’est une forme d’antidote.
Marine, vous semblez très proche de votre grand-mère Roselyne. Pouvez-vous nous parler de ce lien ? Qu’a-t-elle pensé du film ?
MB : Il y a une dizaine d’années, on m’a diagnostiqué une sclérose en plaques. Ma grand-mère m’a appris à voir la vie du bon côté, malgré tout. Cette émission est aussi une manière de la remercier. Je suis allée à Ploumanac’h pour la lui montrer ; que d’émotion ! Cette émission ne consiste pas seulement à réaliser les rêves d’une personne âgée : il s’agit aussi de réapprendre à rêver pour mieux vieillir. Dans le mot “vieillir”, il y a “vie”. De la même façon, dans “sclérose en plaques”, il y a les “plaques” : cette maladie me plaquait au sol. Il faut accepter la vieillesse, les cheveux blancs qui ne nécessitent pas forcément d’être teints, car dans ce vieillissement, il y a de la sagesse et de la profondeur.
Si un rêve peut être de toute nature, avez-vous fixé des limites ? À l’inverse, avez-vous parfois amplifié certains rêves pour les rendre plus télégéniques ?
FL : Pour préparer l’émission, Marine est allée à la rencontre de personnes âgées en EHPAD afin de recueillir leurs rêves. Étonnamment, ils étaient rarement grandioses, mais souvent d’une grande simplicité.
MB : Une dame évoquait par exemple son envie de retourner à Marseille pour boire un pastis afin de se remémorer son mariage. Ce qui compte, c’est l’authenticité : ce sont ces rêves simples qui deviennent immenses à l’écran par l’émotion qu’ils suscitent. L’objectif n’est pas seulement de les réaliser, mais d’inspirer, de redonner envie d’écouter l’autre. Si cet élan naît chez les téléspectateurs, alors le pari est gagné.
Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur les critères de sélection des binômes ?
MB : La sincérité du témoignage est essentielle. Ce qui nous touche, ce sont les raisons profondes qui poussent un jeune à vouloir remercier un aîné. Dans le cas de Maëlle, Jean-Paul a été une figure paternelle de substitution. Il l’a soutenue, encouragée dans ses études : elle est devenue major de promotion. En retour, elle souhaite lui offrir ce qu’il n’a pas eu. Il est possible d'explorer d’autres formes de liens, ce qui compte, ce sont les histoires sincères et singulières.
À l’écran, tout semble d’une simplicité enfantine : la surprise, le voyage, la complicité entre Maëlle et son grand-père. Y a-t-il eu des réticences en coulisses ?
FL : La première chose que Jean-Paul, 80 ans, nous a dite, c’est qu’il accordait une confiance totale à sa petite-fille Maëlle, 23 ans, peu importait ce qu’elle lui avait préparé. De son côté, Maëlle avait pleinement confiance en nos équipes - volontairement réduites pour faire oublier la présence des caméras et capter des instants de vérité -, ce qui leur a permis de vivre cette aventure pleinement.
Marie-José Pérec, Matthieu Abrivard, ou le chef en Normandie ont contribué à la réalisation des rêves de Jean-Paul. Le fait que l’émission soit dédiée aux seniors facilite-t-il l’adhésion des personnalités ?
MB : Nous n’avons essuyé aucun refus parmi les personnes sollicitées. Cette émission, qui évoque la reconnexion entre générations, fait écho à des émotions universelles. Beaucoup ont sans doute eu envie, eux aussi, d’offrir du temps à leurs aînés. C’est avant tout une démarche de partage. Par ailleurs, Frédéric, à travers des émissions comme Rendez-vous en terre inconnue ou Un dimanche à la campagne, incarne des valeurs d’écoute, de respect et de vivre-ensemble qui rassurent et fédèrent.
Maëlle et Jean-Paul ont-ils vu le film ? Quelles ont été leurs réactions ? Cela a-t-il changé quelque chose pour eux ?
MB : Nous avons organisé une projection pour Maëlle, son grand-père et sa grand-mère. L’émotion était telle qu’ils ont beaucoup pleuré – au point de ne pas vraiment voir le film. Le film a eu un effet très positif sur Jean-Paul : il a compris qu’il était encore possible d’oser, d’entreprendre, malgré une estime de soi fragilisée. Nous nous attendions à de l’émotion, mais pas à une transformation aussi profonde. Ce premier épisode dépasse nos attentes : les langues se sont déliées, car c'est parfois difficile d'exprimer son amour.
FL : Comme dans le film Le premier jour du reste de ta vie, c’est un nouveau départ pour Jean-Paul et sa petite-fille.
MB : Et Maëlle, forte de cette expérience, n’attendra pas 80 ans pour réaliser ses rêves.
L’espace du voyage, matérialisé par votre van, le déplacement, la découverte, permettent-ils une reconnexion avec l’autre, avec un cœur plus ouvert ?
MB : À l’image de Rendez-vous en terre inconnue, le voyage amène une liberté de parole, un apaisement, qui renforcent la possibilité d’être soi-même, loin de l’artifice du quotidien. L’inconnu effraie, mais Maëlle et son grand-père se rassuraient mutuellement, tous deux stimulés par la découverte d’un univers nouveau, vécue ensemble.
L’émission repose sur des anonymes. Qu’est-ce qui, selon vous, incitera les téléspectateurs à s’y attacher ?
FL : Comme le disait Victor Hugo, « tout ce qui est personnel est universel ». Nous avons tous des rêves inachevés, nous pouvons donc tous de s'identifier avec le duo Maëlle/Jean-Paul. Nous voulons offrir aux téléspectateurs une forme d’évasion, mais aussi un déclic. À une époque où la sincérité se fait rare, cette authenticité est précieuse. Je crois beaucoup au bouche-à-oreille : cette émission trouvera son public.
Rêver prolonge la vie ; alors, quand on n’a plus de rêve, on meurt ?
MB : Parfois, je trouve du bonheur dans mon malheur, notamment lorsque j’ai eu mon problème de santé : tout s’accélère, la vie devient soudain précieuse, car on prend conscience de notre mortalité. Il faut essayer de s’en souvenir au quotidien pour être capable de faire des choix.
FL : S’imposer un délai pour changer, c’est aussi risquer de se mettre une pression inutile, de se juger ou de se déprécier. C’est pourquoi le rêve est essentiel : c’est un état d’esprit positif, un chemin à emprunter, et non une finalité.
Propos recueillis par Maé Savouré