Ce mois-ci dans « Tout En Doc », Stéphanie Octavia revient sur le destin controversé de Mayotte Capécia. De son vrai nom Lucette Céranus Combette, cette Martiniquaise originaire du Carbet publie "Je suis Martiniquaise" en 1948 et reçoit l’année suivante un prix littéraire. Mais son œuvre, son rapport aux hommes blancs et ses choix de vie lui valent de violentes critiques, notamment de Frantz Fanon. Femme aliénée, femme instrumentalisée ou femme déterminée à échapper à la place qu’on lui assignait ?
Le documentaire « Mayotte Capécia, vivre et l’écrire » de Fabienne Kanor et Myriam Cottias propose de porter un nouveau regard sur cette figure longtemps réduite à la polémique. L’invitée du mois : Valérie-Ann Edmond-Mariette, doctorante en histoire.
Le film raconte l’histoire vraie d’une Martiniquaise débarquée à Paris à la fin des années quarante et qui devint une écrivaine en vue, première auteure noire en France à être couronnée d’un prix littéraire en 1949. Il est salué par la critique car il donne une image de la Martinique peu connue.
Largement inspirée de sa vie, le premier livre de Mayotte Capécia "Je suis Martiniquaise" met en scène une histoire d’amour malheureuse entre une Martiniquaise de la campagne et un homme blanc issu de classe sociale supérieure. Mais qui est-elle vraiment ? Au début des années cinquante, le psychiatre martiniquais Frantz Fanon le décide. Parce qu’elle rejette, dit-il, sa couleur de peau, Mayotte Capécia souffre d’un complexe de « lactification », elle rêve de se blanchir et ne peut s’amouracher que de Blancs. En s’appuyant sur ce qu’il considère comme un récit autobiographique, il élabore sa théorie de l’aliénation qui établit que les femmes de couleur rêvent toutes d’une histoire d’amour romanesque avec des Blancs. En 1952, c’est Mayotte qui est définitivement damnée ; et Lucette disparaît des mémoires.
Qui est vraiment cette femme condamnée par Fanon et par les Antillais de renom ? Qui est cette autrice systématiquement renvoyée par la critique littéraire contemporaine à son statut d’illettrée ? Qui se cache derrière cette Martiniquaise accusée d’avoir plagié et de s’être laissée manipuler par des hommes blancs en quête d’exotisme ?
Au-delà du récit de l’ascension sociale fulgurante d’une Antillaise dans la France de l’après- guerre, dont la figure, jusqu’à présent, reste très contestée, ce documentaire propose une enquête sur l’histoire intime d’une femme noire qui se bat pour obtenir reconnaissance et notoriété dans un monde (masculin), empreint de considérations stéréotypées sur les femmes issues de l’Empire français.
Tout en Doc
70 min
Présentation
Stéphanie Octavia
Production
France Télévisions-Martinique la 1ère
Disponible en replay sur
Martinique la 1ère
Documentaire inédit
52 min
Un film écrit par
Fabienne Kanor et Myriam Cottias
Réalisation
Fabienne Kanor
Production
Cinquillo Films & France Télévisions/Martinique la 1ère
Avec la participation de
Collectivité Territoriale de Martinique
En partenariat avec
Le Centre National du Cinéma, la Procirep-Angoa,
la Fondation de la Mémoire de l’Esclavage, le Fond de la diversité du CNC
2026