Le documentaire Bats-toi comme une fille mon fils révèle Bilal Hassani dans une exploration de l’identité de genre qui mêle l’intime et l’artistique et fait découvrir l’univers musical d’un artiste en plein essor.
Le cheminement qui amène Mireille Dumas à penser ce documentaire commence par une rencontre avec Bilal et sa mère dont la relation fusionnelle la touche. La réalisatrice avait découvert l’artiste lors de l’Eurovision 2019 où son hymne au droit à la différence et sa volonté de détricoter les codes dits masculins et féminins « avait imprimé une image forte » en celle qui, dès 1992, donnait déjà la parole à deux personnes transgenres, Alexia et Simone.
La journaliste réalisatrice choisit donc de filmer l’artiste pendant une année ponctuée par trois moments signifiants. Pour le premier, il s'agit du concert où Bilal Hassani, drapé de blanc, interprète en piano voix des chansons qui creusent le questionnement sur la quête identitaire dans un spectacle intitulé L’affreuse, « un ovni enrichissant dans le répertoire de Bilal qui illustre une phase plus introspective et plus sombre », déclare la réalisatrice. Elle le suit ensuite lors d’une prestation au Festival des Fiertés à Montréal, « une manière d’ancrer cette démarche intime d’affirmation de soi dans un une manifestation collective de reconnaissances des identités, un phénomène de société, encore plus ample au Canada qu’en France. »
Enfin, un an après la première séquence du documentaire, Mireille Dumas retrouve Bilal Hassani lors du tournage de son dernier album à date, dans une ambiance pop dance colorée et festive. Ces trois épisodes permettent de faire découvrir différentes facettes et états d’âme du jeune artiste de 27 ans.
Mais la compréhension de la personnalité et la mise en perspective de la vie intime et artistique, Mireille Dumas nous y donne accès aussi grâce à ses entretiens profonds et ciselés qu’elle mêle habilement aux vidéos et chansons dans lesquelles le performer se raconte depuis l’adolescence.
Le parti pris de la mise en images des entretiens permet de valoriser deux visages de Bilal et de donner une autre dimension au documentaire de Mireille Dumas qui déclare :
« J'ai bataillé pour qu’il accepte de se laisser filmer comme il est au quotidien, on va dire pour simplifier avec son apparence de jeune homme. Le grand public connait le personnage scénique et médiatique portant des perruques aux longs cheveux blonds, au visage très maquillé et codé plutôt féminin, son idéal. Je souhaitais aussi un Bilal plus intime, plus fragile, sans cette protection de maquillage qui met à distance. Et je voulais que ces 2 Bilal qui coexistent me parlent, en résumé que le « il » et le « elle » me répondent et se répondent dans le film. ».
L’un des fils conducteurs marquant du documentaire est le lien fusionnel que Bilal entretient avec sa mère, Amina, également sa manageuse et sa productrice. Mireille Dumas met en lumière cette relation qui est aussi un message de l'acceptation d'autrui et de la différence. Elle souligne la liberté et la force de caractère qu’Amina transmet à Bilal. Elle est alors inspirée par une phrase de L'Affreuse pour le titre du documentaire qui lui a « paru évident ».
Au-delà du portrait intime, musical et artistique, Mireille Dumas aborde de vraies questions de société telles que l’identité de genre, le cyber harcèlement, l’homophobie, le racisme et le rejet dont Bilal Hassani a été victime.
Propos recueillis par Yolan Lamétrie