
Le 5 juin 2013 à Paris, Clément Méric, jeune militant antifasciste de 18 ans, décède suite à une bagarre avec des skinheads, et la France redécouvre avec stupeur que l’affrontement de ces deux idéologies n’a jamais été si vif…
Néo-nazis, admirateurs d’Hitler, ou encore Staliniens, Maoïstes… Pourquoi des jeunes aujourd’hui sont-ils encore fascinés par la violence de l’extrémisme politique ? Pour le comprendre, le réalisateur Stéphane Munka s’est immergé une année entière dans la guerre que se livre deux factions rivales, l’une d’extrême gauche, l’autre d’extrême droite, à Clermont-Ferrand. Façon aussi pour lui de se retourner sur son passé, et d’essayer de comprendre pourquoi dans sa jeunesse il a lui aussi succombé à cette tentation des extrêmes…
Note d'intention de Stéphane Munka
Les idées extrêmes conduisent à des actes extrêmes. L’affrontement entre Clément Méric et Estéban Morillo, qui s’est conclu par la mort du premier, en est la démonstration. Et surtout l’objet de ce film.
Difficile de définir « l’extrême », surtout lorsqu’on s’avance sur le terrain politique, et que l’extrême droite et l’extrême gauche sont fermement implantées dans le paysage politique national. Les raisons de l’accoler à un parti, à une idée, sont différentes selon les sensibilités. Je m’en tiendrais donc à la mienne, et considère comme extrême toute façon d’imposer son point de vue par la force et la violence. Les extrêmes dont il s’agit ici sont donc ces courants minoritaires qui prônent l’ultraviolence : antifasciste pour l’extrême gauche, skinhead pour l’extrême droite.
Mais comparer la propension à la violence des deux extrêmes n’est pas entièrement satisfaisant, comme s’il fallait renvoyer dos à dos Clément Méric et Estéban Morillo. Il existe entre eux une différence essentielle, qu’a résumé l’éditorialiste politique de France Inter Thomas Legrand dans sa chronique consacré à ce fait-divers : « je serais agacé mais plutôt fier que mon fils ressemble à ce que je sais de Clément Méric, et catastrophé qu’il appartienne au groupe de celui qui l’a tué ».
Le groupe auquel appartient Estéban Morillo vise à l'anéantissement des juifs, des homosexuels, des étrangers… Tandis que les semblables de Clément Méric souhaitent l’extermination des exterminateurs.
Mais sont-ils si différents ? Leurs motivations à rejoindre l’extrême, parfois de façon très romantique, dans un élan quasi-révolutionnaire, ne sont-elles pas semblables ? Durant un an, je me suis immergé dans deux groupes opposés, à Clermont-Ferrand. Là-bas, un skinhead d’extrême-droite a tiré au fusil sur des militants d’extrême-gauche. Je voulais donner à comprendre ce que ces jeunes réclament, leurs idéologies, leurs espérances, leurs haines.
Car la haine est un moteur des extrêmes. J’en sais quelque chose. Adolescent, j’ai fait partie de ces groupes. Skinhead, puis antifa. Ca a failli très mal se terminer. Pourquoi les jeunes que j’ai rencontré ont-ils pris la relève ? Qu’est-ce qui peut encore fasciner aux extrêmes ? Ce film est mon récit de voyage, un retour sur celui que j’ai été, pour enfin comprendre la haine qui m’a habité.
Stéphane Munka
Réalisateur et journaliste d’investigation, Stéphane Munka est auteur de documentaires sur les cultures extrêmes, comme les skinheads ou les bikers. Spécialiste des affaires criminelles, il a notamment contribué à l’arrestation du tueur en série Emile Louis.
FICHE TECHNIQUE
Un film écrit et réalise par
Stéphane Munka
Une co-production
Chrysalide et Eléphant Doc
Producteur exécutif
Fabrice Frank
Avec le soutien du
Centre national du cinéma et de l'image animée
Avec la participation de
France Télévisions
Conseiller de programmes France 2
Alexandre Marionneau
Directrice de l'unité documentaires et magazines culturels France 2
Catherine Alvaresse
Le rendez-vous Infrarouge invite les téléspectateurs à réagir et commenter les documentaires en direct sur twitter via le hashtag #infrarouge.
Le documentaire est disponible en visionnage sur le site francetvpreview:
https://www.francetvpreview.fr/