Retour sur le parcours singulier de Pascal Danaë, musicien et fondateur du groupe Delgres, figure majeure d'un blues créole contemporain, engagé et profondément ancré dans l'histoire ultramarine. Sur les routes qui ont façonné son identité, de la Guadeloupe à Argenteuil, de Londres à a Nouvelle-Orléans, chaque lieu devient un chapitre de vie, un espace de mémoire et de création. À Pointe-à-Pitre, l'artiste évoque le départ de son père vers l'Hexagone, une absence fondatrice qui marquera durablement son histoire familiale.

Novembre 1963. En banlieue parisienne, Pascal Danaë grandit au carrefour des cultures et des musiques. Rock, biguine, salsa, jazz et rythmes caribéens nourrissent son oreille et forgent peu à peu un langage musical singulier. À sa majorité, le jeune homme s'imagine musicien, mais n'ose pas franchir le cap. Il suit alors des études de musicologie à l'université de Paris VIII-Saint-Denis et devient professeur de musique. C'est en 1997, grâce au célèbre batteur Manu Katché, que la trajectoire bascule et conduit l'auteur-compositeur-interprète vers l'Angleterre.

Musicien de studio à Londres, Pascal Danaë trouve l'espace nécessaire pour écrire, composer et faire émerger une voix personnelle, choisissant le créole comme langue d'expression artistique. Une période faste, marquée par de nombreuses collaborations avec Peter Gabriel, Youssou N'Dour, Gilberto Gil, Souad Massi ou encore Laurent Voulzy. De retour en France après six ans d'absence, il fonde le groupe Rivière Noire aux côtés d'Orlando Morais et Jean Lamoot.

Quelques années plus tard, la carrière de Pascal Danaë est à nouveau marquée par un coup de foudre musical, cette fois avec Baptiste Brondy à la batterie et Rafgee au soubassophone. Ensemble, ils forment le trio Delgrès, du nom de la figure anti-esclavagiste antillaise du début du XIXe siècle Louis Delgrès, et publient trois albums en dix ans, Mo Jodi (2018), 4:00 AM (2021) et Promis le ciel (2024).

Issu d'une famille antillaise, Pascal Danaë grandit éloigné de la Guadeloupe et de ses origines. Il est le seul à ne pas être né en Guadeloupe. Le seul à qui ses parents ne parlaient pas créole. Le seul qui aujourd'hui chante et compose en créole.

De retour sur la terre de ses ancêtres, l'artiste se confronte à l'héritage du résistant Louis Delgrès, symbole de lutte pour la liberté. Cette mémoire irrigue sa musique et donne naissance à une création habitée, à la fois contemporaine et profondément enracinée. Ce voyage fait également écho à une découverte intime, celle de la lettre d'affranchissement de son aïeule Louise Danaë, qui relie son histoire personnelle à celle de l'abolition de l'esclavage et à la transmission silencieuse entre les générations.

Aux États-Unis, en Louisiane, à La Nouvelle-Orléans et à la Whitney Plantation, Pascal Danaë explore les racines du blues afro-américain, et y reconnaît des filiations, des résonances, un dialogue de mémoires entre les rives de l'Atlantique.

Entre archives, performances musicales et moments de création collective, portrait d'un artiste pour qui la musique est un acte de transmission, un espace de liberté et un lien vivant entre les Outre-mer et le monde. Ou quand l'intime rejoint l'histoire collective, et la musique devient un langage universel de dignité et de résistance.

52 min

Écriture
Mariette Monpierre
Éric Basset

Réalisation
Mariette Monpierre 

Production 
Zycopolis Productions

Avec la participation de
France Télévisions

Directeur des contenus du pôle Outre-mer
Laurent Corteel

Directeur adjoint des contenus, en charge des documentaires
Sophiane Tilikete

Responsable de programmes
Gabrielle Lorne

2025